du 22 juin au 02 sept.

parc du
château

de 9h à 22h
tous les jours

Les Défilants – Chloé, Romain et Annie
_

Cet ensemble est une sélection d’images de différents projets, réunies une première fois pour l’exposition Amorce d’un récit qui s’est tenue à Toulon dans le cadre du projet de La Rue des Arts.
Sur le mur de la collégiale, les Défilants se déroulent. Crées spécifiquement en réponse au projet d’exposition dans l’espace public, ces compositions font écho au défilement des panneaux urbains qui génère des ensembles aléatoires.
Plus loin, trois portraits habitent niches et recoins. Les figures s’incarnent chacune dans leur propre décor tout en composant avec l’environnement une nouvelle ébauche de récit.

Votre premier souvenir photographique, la première émotion liée à une photographie

Dans ma mémoire, la première photographie à laquelle j’ai été attachée était en réalité la reproduction d’une peinture de Monet, La pie. Je pense donc ici à la photographie en tant qu’image et objet. J’étais enfant et nous étions allés à Giverny en famille. Je me rappelle avoir profondément voulu posséder cette image, un poster de La pie. La lumière de ce tableau me rappelle aujourd’hui la lumière qu’il y avait l’hiver dans ma chambre d’enfant.

 

Le ou la photographe qui a suscité votre émotion

J’ai découvert Boris Mikhailov, assez jeune quand je commençais à faire moi-même des images et à m’intéresser à l’histoire de la photographie. Son travail de composition et de couleur m’a semblé être une exigence pertinente pour traiter des sujets difficiles en en transmettant à la fois une vérité acerbe et un réel respect. Son exposition Red à la Tate à Londres en 2011, m’a marqué tant par ses qualités documentaires que plastiques.

 

Votre première photographie

La première photographie que je me rappelle avoir prise avec toute l’attention d’en faire une image et pas le simple enregistrement d’un souvenir, est celle d’une caravane abandonnée dans un champ. C’est une image assez objective, avec une composition appliquée. J’étais au lycée et nous avions aménagé un labo où nous apprenions le tirage noir et blanc. Pour la première fois je suis allé marcher avec un appareil photo, dans l’unique but de m’en servir.

Le pire souvenir photographique

Il y a des anecdotes évidemment, des gens qui se voient visés par l’objectif et qui ne sont pas d’accord, mais dans ces cas-là il y a un échange, une histoire à défaut d’une image. Le pire est de ne pas réussir à faire l’image que l’on cherche à obtenir parce qu’on se l’est trop projetée, on l’a trop vue dans son esprit. J’ai « manqué » pas mal d’images lors de mon séjour d’études à Vancouver en sortant sans mon matériel et en pensant repérer des choses qu’en réalité je retrouvais changées, la vision que j’avais avait surpassé le réel. Aujourd’hui je n’ai toujours pas mon appareil à chaque instant mais je ne cherche pas d’image en son absence, j’adopte une concentration particulière quand je sais que je sors pour prendre des photos.

 

Votre plus beau souvenir photographique

Il y en a beaucoup mais il en est un qui me reste, bien qu’assez simple, pour sa cohérence avec les recherches que je menais à ce moment-là. C’est le moment de la prise de vue de la photographie Le surgissement de l’ensemble Les états océaniques. C’était en 2016, j’étais en résidence à Marseille, aux Ateliers Astérides à La Friche la Belle de Mai, je travaillais autour des écrits de Romain Rolland sur la sensation océanique. Je m’étais mise à chercher des manifestations de cette sensation en prêtant attention à ce qui me semblait être des recommandations de Rolland : se rendre sur des points élevés, rechercher les points de vues… Cet après-midi-là je me suis retrouvée devant un double panorama, la vue sur le port et la représentation peinte de la table d’orientation. J’avais repéré l’ombre de la statue derrière moi et j’ai décidé de patienter le temps que le mouvement du soleil la fasse s’aligner avec la table. Au moment où l’ombre m’a semblé bien placée cet homme est arrivé et est resté à regarder la vue de longues minutes sans jamais utiliser l’appareil qu’il avait à la main. Il y avait là un ensemble d’éléments qui composaient si parfaitement une représentation des écrits de Rolland que la dimension mystique de ses textes m’est apparue, presque comme une métaphore de la prise de vue photographique.