tilby vattard

Alexandre Liébert pour la réalisation de Black Bazaar

du 22 juin au 02 sept.

manège
rochambeau

de 14h30 à 18h30
fermé le mardi

Black Bazar

Istanbul, 2013-15
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Un théâtre d’apparitions. Une vie de lueurs, d’éclats d’argent et de volutes de fumée. Dans un monde qui semble le nôtre, voilà que surgissent des éclairs, des nuées, des fantômes. On dirait qu’un mur a été crevé. Le mur des apparences. Et par une faille, s’engouffre alors un monde mythique, peuplé d’enfants-rois et de héros fatigués. Un quotidien tissé de sortilèges.

Réalisé par Alexandre Liébert

 

 

Kashi Station 

Varanasi, 2014-17
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Ici, c’est de l’autre côté. Presque de l’autre côté de la vie. Parcourir cette ville, c’est se perdre, jour après jour, à l’intérieur de sa propre tête. Errer. Côtoyer les ombres. Pendant que les pensées s’enroulent en un labyrinthe inextricable. Les images deviennent sèches, presque coupantes. Le visible dégraissé, désossé. Ici, c’est la frontière entre la vie et la mort. Chaque image devient une énigme, une porte entre deux mondes. Dans cette nuit sans fin, c’est son âme qu’il photographie.

Votre premier souvenir photographique, la première émotion liée à une photographie

 Pendant mes années aux Beaux-Arts d’Orléans, je me souviens entre autres des ascensions nocturnes de la cathédrale, où l’on grimpait avec un ami à travers les échafaudages et les arcs boutants pour photographier les gargouilles du sommet des tours, la lune en arrière-plan. C’était un peu inconscient, mais quelles sensations !
On avait aussi l’habitude de fouiller dans la poubelle d’un magasin de photo pour récupérer des cartons entiers de tirages ratés, c’était un vrai trésor, avec à la fois beaucoup d’humour et de nostalgie. On cherchait des pépites dans les morceaux de vie d’inconnus, c’était parfois très émouvant.

 

Le ou la photographe qui a suscité votre émotion

 Je repense à une exposition d’Antoine Agoudjian sur la mémoire du peuple Arménien. À ce grand mur recouvert d’une image sombre où une nuée d’oiseaux tournoie au-dessus d’un monastère. J’avais l’impression d’y être, de les entendre crier dans le ciel autour de moi, d’être encerclé par des regards obsédants. Je suis resté pétrifié devant la force graphique de ses images et leur puissance symbolique, ses lumières tranchantes, le contraste entre la beauté et la tragédie, la joie et la souffrance. Son travail m’inspire énormément.

 

Votre première photographie

 Il y a cette image d’un bunker sur la côte vers Calais, ma première photographie travaillée sur ordinateur et tirée en grand format dans un labo. C’est un photomontage assez éclaté dans les tons sépias, réalisé avec mon premier reflex numérique au début des années 2000 et avec une version préhistorique de Photoshop. Elle fait partie d’une série de paysages à l’ambiance assez post-apocalyptique, inspirés entre autres par les films de Caro et Jeunet.
Avant ça je tirais en noir et blanc dans ma salle de bain, et collais les photos sur des toiles pour intervenir dessus en peinture, cette image marque donc un tournant technique qui m’a amené là où je suis aujourd’hui.

Le pire souvenir photographique

 La photographie est un moyen de découvrir le monde, de partir à l’aventure, hors des sentiers battus. Mais on n’arpente pas les rues d’une ville inconnue, appareil photo à la main, sans se retrouver parfois dans des situations délicates.
Un jour de septembre 2014, où j’errais dans un ancien quartier d’Istanbul d’assez mauvaise réputation, je me suis attardé un peu trop longtemps pour faire des photos, fasciné par la beauté des lieux. Je me suis fait attraper par des types assez énervés, et j’ai eu de la chance de sortir de là en bon état, avec toutes mes affaires et mes appareils…

 

Votre plus beau souvenir photographique

 Difficile de choisir parmi ces beaux moments passés à explorer le monde, seul ou avec des amis photographes. Chaque surprise, chaque rencontre, chaque accident aussi. Quand on sent qu’une scène se met en place, qu’on découvre quelque chose alors qu’on pensait se perdre, ou quand on croit rentrer bredouille et qu’on tombe sur une perle dans ses photos.
Je pense à l’image de cet enfant qui jouait sur le pont d’un bateau à Istanbul, torse nu, une couronne de fleurs dans les cheveux. Il est arrivé en sautant sur les sièges, avec dans le regard quelque chose de sombre et de divin, de tellement plus grand que lui. J’ai déclenché à l’instinct, la seconde d’après c’était un petit garçon comme les autres et la magie avait disparu. Quelle gratitude d’avoir pu saisir cet instant.